Chaque « première photo » est ici envisagée comme la partie émergée d’un iceberg : une image qui ouvre sur une histoire et suscite de nouvelles questions sur la naissance et l’évolution du médium. Première photographie avec des pixels, comme l’image scannée de Walden, le fils de l’inventeur Russell Kirsch, en 1957, ou première photographie envoyée depuis un téléphone portable, représentant le nouveau né de l’inventeur Philippe Kahn en 1997 : ces images témoignent de moments où la photographie franchit un nouveau seuil.
Pour Francesca Seravalle, la notion de « première » ne relève pas uniquement de l’archivage. Elle permet d’explorer de manière performative la genèse photographique et de retrouver l’aura d’un instant primordial, à une époque où l’image unique est aujourd’hui noyée dans la surabondance de la production.
L’exposition remet également en question une histoire de la photographie qui serait figée. De nouvelles recherches peuvent faire apparaître de nouvelles « premières » : l’histoire de la photographie évolue aussi dans le passé. La quête des preuves devient ainsi partie intégrante du projet, jusque dans son titre : Jusqu’à preuve du contraire. La commissaire construit et déconstruit ses hypothèses, confronte les sources et laisse une place à l’erreur, considérée comme une étape nécessaire de la recherche.
Le parcours privilégie une approche thématique plutôt que chronologique, organisée autour d’atlas visuels — la famille, la nature, les pères de la photographie, les cercles sociaux — et explore différentes « premières fois » photographiques, notamment sous le prisme de l’Éros et des débuts de la photographie érotique. Maîtres et techniciens anonymes, œuvres iconiques et tests de laboratoire sont placés sur un pied d’égalité pour montrer combien la photographie constitue un document de son hic et nunc, intimement lié à l’histoire sociale et humaine.